Le grand silence

Une année dépassée de peu et des parfums de nostalgie

jardin pluriel léché par les rayons du couchant

il attend, il veille le bel endormi

il balbutie son sommeil ses paumes tendus vers le ciel acide.

Ne meurt pas d’indifférence, oublié sous un manteau d’argent.


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16ème arrondissement de Marseille

Mes démbulations pré-équinoxe s’arrêtent à l’Estaque. Je pense aux films de Guédigian. Les îles du Frioul seront pour plus tard, mais j’ai rempli mon contrat: celui de traverser TOUS les arrondissements entre les deux équinoxes d’automne. En équilibre donc. Sur mes deux pieds

Marseille me désoriente, j’y perds le nord. Sans arrêt, je ne sais plus où est la mer…je ne sais plus si j’aime cette ville, si elle m’effraie par son désordre et sa crasse. Ses cagoles et ses mafieux. Sa lumière infinie. Sa beauté. Ses légendes. Sa liberté. Ou sa sauvagerie

Et puis tous ces hommes sans femmes dans les cafés autour de la gare St Charles Un peu partout dans le centre. 1er, 2ème et terrible pauvreté du 3ème. Ces hommes, donc, attablés sous la lumière blanche des néons. Jouant aux cartes, aux dés. Buvant. Parlant fort. Je pense aux femmes qui cuisinent, lavent les enfants, tiennent la maison…

Celle qu’on appelle la première ville d’Afrique me fait voyager. Et beaucoup réfléchir aussi.

J’ai traversé le minuscule et ravissant cimetière de la treille. Vue la tombe de Marcel Pagnol et ça j’avoue que je ne m’y attendais pas. J’étais dans les collines, 11ème arrondissement, Les Camoins, La Treille, et soudain voilà Pagnol, Caubère, Le château de Bizune, celui que Marcel traversait avec Augustine et toute la petite famille…revu aussi la partie de cartes de la trilogie.

Vu aussi ce matin un lycée professionnel à l’Estaque gardé par au moins une vingtaine de policiers. On est bien loin de Pagnol…

Je quitte Marseille avec le sentiment que je commence à peine. C’est un peu comme les jardins. Il faut prendre le temps de s’enraciner. Ou du moins de chercher les miennes, celles des femmes de ma lignée

océan à la mer(e) et nos jardins

 

 livre en cours, extrait

Jour 23 percées 4

 

Zone franche, les lignes sont aussi réalistes qu’un slip en titane.

Légères, solides. À bout de nerfs, les forteresses cèdent, l’été touche à sa fin. Nous aurons bien nos quatre saisons carrément accomplies autour de ces jardins roulant sous la lumière matinale. M’en éloigner, de loin de l’île regarder l’air ténébreux de la puissante phocéenne. La reine est passée rouge noire à la crapette.  Les jardins grimpent en vagues alarmées jusqu’à ma terrasse de bois. Ronces, fleurs de liserons et bouquets de sauges odorantes. Nos murets ensablés. Mes collines sont vastes et rien de vous ne me déplaît. Je vous aime pour l’endroit où le tissu frappe lentement dans le vent. Où vous mettez la main contre ma jupe.

Vous retenez mon bras contre — s’il est possible de le faire mieux, alors je me perdrai [encore]. Et je rirai de vous aimer [toujours], entre cartons brisés et bateaux sur le flanc. Voix douce à l’écume d’un courant pâle. Horizon cendre bleuté en strates caresse la digue qui se tient torse nu face au large. Tétons pointés vers l’Amérique. Ou se retournant, l’Algérie. Jardins cardinaux—vents dominants d’une autre mer, degrés de nos ensoleillements intimes. Et nos pages à écrire dans la terre et les boues. Le sable et nos pétales ensemençant nos parcelles en plein ciel.

 

J’ai faim, il est midi

passage(s)

... comme des nuages, nous sommes ici de passage(s). Ces grandes eaux volantes donnent un sens à mon voyage, un relief au paysage(s)... et puis on arrive, il y a ces arbres bien enracinés, rassurants gardiens du temps, l'orage vient de tomber. Le couleurs sont plus franches quand le sol est mouillé. J'entends le souvenir des voix sur la parcelle voisine. Le soleil se couche sur le béton. Je goute une prune tombée de l'arbre. Effet miroir. Nuit. S'ouvre la fenêtre. Campagne silencieuse. Ici, il y a plus d'avions dans le ciel que de voitures à entendre. Le clocher sonne. L'eau est douce pour la lecture des paysages intérieurs. S'ouvrent des portes aux fenêtres. Je déborde à la marge. Les graines sèchent en attendant le froid. L'amarante absente le carré numéro 13. Les bordures ont poussées dans la nuit. Taille et désherbage pour dessiner le Nord. Les touffes ont des reflets d'argent et d'or. Deux épeires fasciées tissent aux bords des lèvres. Lune encore. Et déjà l'automne se fait sentir...

Uto. Août 2018.

mi-août, état des lieux

Repartons du printemps pour aller à l'été:

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Une certaine solidarité se manifeste autour du carré 10, Christine ayant décidé d'organiser une sorte de vitrine avant la sortie du sommeil de ses safrans en septembre. Un genre de belle au bois dormant, ce safran

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La chaleur d’été diffuse dans tout l’espace une densité palpable. L’orage racle parfois le fond du ciel. Certains carrés s’enfoncent dans la torpeur. D’autres poursuivent leur floraison discrète Au carré n° 8 l’arbre de Judée répand une ombre bienfaisante. Les plantes aromatiques sont bien, là.

 

Cet été est pour moi le premier d’un véritable dialogue avec le jardin. Le lien se fait à mon insu. Il faut beaucoup de patience et de conscience. Tôt le matin, je fais le tour, j’arrose. Pas seulement les carrés, mais la totalité du jardin. Ce temps est une véritable méditation.

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Il y a quelques jours, une opération délicate : couper le chardon géant du carré n°14. Il est fané fané. Il faut le prendre avec des pincettes. Ou plutôt avec des cisailles télescopiques. Il est considérable. Je me demande si les enfants de la classe de 5ème  le garderont pour le printemps prochain ? Mystère. Le carré 14 vivra encore au rythme du collège au cours de la saison 2., si elle a lieu…

 

 

 

 

Aux carrés 4, 11, 12, 13 ,15, Les graminées se balancent sous la brise tiède. Tout est de plus en plus sec.

Aucune amarante au 13. Le seul endroit semé est un désert triangulaire. Plutôt beau. Et tout autour un fouillis gracieux.  J’aime l’intelligence de la nature. Sa grâce, sa colère, son agressivité parfois. Son talent.

 

 

 

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Quelques semaine seulement après l'opération tissus,  nous découvrons de nouveau la parcelle de safran et nous la désherbons. La belle endormie est aussi une plante écolière: elle prépare sa rentrée.

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Je ne parviens pas pour le moment à entrer dans une réflexion de fond sur le devenir de ce jardin.Je suis un peu perplexe. J’ai sans doute trop de désirs . Je tourne autour de l'idée du jardin médiéval. L’écriture de poésie se poursuit et va bientôt s’achever. Marseille reste une sirène un peu lointaine. Le tissage n’est pas facile et reste à ce jour plutôt une idée qu'une réalité.

J'ai proposé une saison 2 aux différents protagonistes de cette expérience, mais je me demande aujourd'hui si c'est une bonne idée. Est-ce ainsi qu'il faut envisager les choses? Le sentiment de collectif est difficile à faire exister avec trop peu d'échanges entre tous. Le véritable dialogue se passe donc entre le jardin et moi, puisque j'y suis physiquement.

La philosophie, le sens

 

 

Retour vers le futur

Vendredi 22 septembre 22 heures 01

folles lucioles avant l'aube recommencée et pelles et pioches scarifiant les pages encore blanches. Et depuis quels chemins parcourus - pour mémoire et la douceur de la nuit et le chant des sirènes - enfin l'été et la flore assoiffée rutilante et bien décidée à n'en faire qu'à sa tête. 

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ça papote sec chez les bonnes mères!

Ce matin elles étaient en grande conversation pour savoir laquelle des trois va se taper le ménage. Finalement, elles vont faire appel aux voisins!

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une lente progression, un délicieux recouvrement

la nature s'étend lentement sur ma parcelle, comme un léger drap qu'on tirerait peu à peu, discrètement, sans envahir. Juste pour dire que la vie est là, dans ce partage et ce vivant. Comme un geste amoureux

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Rien ne va plus

Bon, la pluie d'accord, la belle santé du végétal, oui, la palette des couleurs sans frontières on peut encore accepter sans sourcilier, mais il arrive un moment où une "Bonne Mère" n'y reconnaîtrait plus les siens et là, les belles coupes au carré ressemblent  à une joyeuse chevelure anarchique ébouriffée. Dépassés par les événements et sous un soleil épatant dédions à Claude (Monet) ce tableau faussement sauvage qui lui aurait donné du poil  (de pinceau) à retordre.

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État des lieux

voilà où nous en sommes grâce à la pluie! à croire qu'un accord secret avec le ciel a été passé…

les coquelicots qui devaient être circonscrits à la parcelle n°1 se sont répandus un peu partout, sauf là où ils étaient prévus…une façon de revisiter la notion de frontières qui nous interroge tant en ce moment…

notre prochain rendez-vous se tiendra le week-end du 23-24 mai!

carré n°1

carré n°2

carré n°3

carré n°4

carré n°5

carré n°6

carré n°7

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carré n°8

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carré n°9

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carré n°10

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carré n°11

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carré n°12

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carré n°13

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carré n°14

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carré n°15

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carré n°16

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un débat démocratique à propos d'une plante qui se bat

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Avec le printemps, les collégiens sont revenus. Ils ont apporté un arbre à Haïkus et ont prévu d'installer différents matériaux qu'ils termineront de mettre en place le 15 juin prochain. Ces matériaux, notamment des parpaings, ont été choisis pour faire écho à Marseille, au rapport ville/campagne et en particulier au 14ème arrondissement qui se situe dans les quartiers nord. Ces quartiers réputés "sensibles"n'ont pas été évoqués comme tels, et les élèves ont travaillé à partir de photos que je leur avais envoyées. De la matière poétique possible contenue dans un mot, une phrase, une image

J'étais heureuse de les attendre sur le chemin et de les voir apparaître, courant comme de jeunes chiens, heureux d'être enfin arrivés après cette petite heure de marche.

Ils décident de ne rien planter mais de regarder ce qui a poussé sur leur carré et d'éliminer les plantes inutiles.S'ouvre alors une conversation sur les critères de choix. Sur la notion de beau, d'utile…Les enseignants invitent à argumenter. Il est finalement décidé à la majorité de garder cette plante aux allures étonnantes qui évoque un énorme chou avec le bout des feuilles extrêmement piquant. Et sur le thème ville et campagne, il est convenu que cette plante se bat. Qu'elle développe un système de défense qui pourrait lui permettre de vivre dans le béton des villes. Qu'elle mérite donc d'être conservée même si certains ne la trouve pas très esthétique. Une belle métaphore sur la construction de l'être…

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jardin(s)

... dans le jardin sont contenues toutes les choses qui sont hors du jardin, il y a toute l'eau déversée, les fleurs et les pleurs, le regard qui passe la muraille, le bruit de la ville qui remonte, des souvenirs enfouis et ce présent qui court encore...

uto. mai 2018.

Déesses

Mes Déesses [de corrida]

Encore

Attentes de tous les temps d’attentes

De tous les lieux du monde

Attentes des femmes aux

bras incandescents

Leur société de tâches

à accomplir

Leur société de virgules et de points colorés

Leur rage à garder cachée La clé

De l’Œuvre

L’aveu le plus intime

La confidence

Le soupir

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et dans le vent, elles me parlent de Dieu

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